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13/03/2008

Madame, monsieur, bonsoir !

La revanche des travailleurs de l’ombre

Ca y est, ils se réveillent ces travailleurs de l’ombre qui assurent l’antenne, fournissent l’essentiel du travail pour que les «stars», les gens de la lumière puissent se pavaner dans un espace ouaté où privilèges et avantages leur sont réservés.

Les ouvrages débarquent dans les librairies, les articles se multiplient sur les blogs et les sites dédiés, ils se lâchent parce qu’on les a lâchés. Ils s’indignent parce qu’on les a souvent humiliés, ils se vexent parce que les tâches nobles ne leur sont plus réservées et leurs basses besognes deviennent de plus en plus insupportables.

Le premier, qui a ébranlé le monde médiatique et plus précisément la rédaction décriée de TF1, c’est « Madame, monsieur, bonsoir ! ». Certes ce n’est pas une œuvre littéraire de grande envergure, ni des textes écrits par des journalistes sensibles à la tournure des phrases, aux mots chocs, au style travaillé, mais ce livre est à l’image du désarroi et du désœuvrement de ces journalistes de l’ombre et qui, apparemment, souhaitent y rester.

En vrac, ils dénoncent les comportements indignes des présentateurs vedettes des journaux télévisés de la semaine et du week-end. Ces agissements se manifestent par un manque réel de respect des gens qui travaillent dans l’ombre pour que leurs journaux obtiennent le meilleur audimat possible : retards aux conférences de presse, vexations gratuites, exigences inconsidérées, leur statut de stars confirmées par la haute direction fait qu’ils créent un état despotique dans l’état. Tout leur est permis, tout leur est pardonné, tout leur est accepté et accordé.

Il en résulte des gonflages de chevilles, des grossissements de tête qui aboutissent à des débordements qui, même critiqués et affichés, ne sont jamais pénalisants pour leurs auteurs. Rappelons, pour le plus visé des journalistes de TF1 par les auteurs de cet ouvrage, les affaires :

-La fausse interview exclusive de Fidel Castro.
-Le procès intenté contre lui pour ses accointances avec M. Pierre Botton, gendre du ministre Michel Noir qui lui vaut une condamnation en appel pour recel d’abus de biens sociaux, à 15 mois de prison avec sursis et 200.000 francs d’amende.

Malgré ces déboires qui ont griffé un peu son image, la direction de TF1 a redoré son blason, lui a refait confiance. Et, fort de ces appuis, la star est revenue avec puissance présenter «son» journal télévisé du 20 H. Il est de plus en plus star, de plus en plus exigeant et arrogant, comme cette mésaventure vraie peut en témoigner.

Amateur de voile, culture bretonne oblige, il a été contacté par téléphone par un concurrent d’une course autour du monde à la voile qui lui parle des conditions de sa traversée. Intéressé, le journaliste souhaite que son intervention passe en direct et exige à tout son staff technique et rédactionnel de faire leur possible pour qu’une conversation entre le Skipper et lui passe à l’antenne. Deux heures avant le direct, cet ordre est lancé. Le miracle technique et humain est concrétisé par le petit personnel. La conversation a lieu en direct lors du 20 heures. La liaison est de qualité moyenne, mais le scoop indéniable. Alors, tout heureux, la star du JT pose les questions prévues au skipper et tout se passe bien pendant les cinq première minutes. Mais patatras ! Insultes en direct:

«Pauvre con, je t’ai bien eu ! je ne suis pas… Et tu t’es fait avoir comme un bleu !» Comprenant ce qui se passe, mais réagissant avec un temps de retard, le chargé de production coupe la liaison. Désemparé, le journaliste balbutie, à l'antenne, son incompréhension et s’excuse auprès de son public. Dès le journal terminé, tous les
«responsables» de cette bévue furent engueulés par la star comme jamais, oubliant que cette mésaventure était de son fait et de son pouvoir inacceptable d’exiger tout et n’importe quoi, sans laisser le temps de vérifier, comme doivent le faire les bons journalistes, la consistance réelle de la source.

Il en est de même pour la star du 13 h, Jean Pierre Pernaut. Vexé d’être attaqué par les bien pensants du monde médiatique, outré qu’en ne considère par son travail de journaliste comme tel, il se venge en affichant ses audiences et se permet d’ajouter, avant ou à la suite de la diffusion d’un reportage, un commentaire très personnel sur le sujet traité. Commentaire qui dépasse les limites de la fonction de journaliste, journaliste qui ne devrait, lors de la présentation du journal, que rendre compte des faits et uniquement des faits, négligeant les commentaires partiaux et superflus.

La concurrence n’a rien à envier aux stars de la rédaction de TF1. France 2, en février 2004, a commis la plus grosse bévue médiatique de son histoire. Le journal de 20 heures, toujours battu en audience par celui d’en face, pensait tenir là un scoop qui devait faire du bruit et rendre au journal, présenté par David Pujadas et chapoté par le directeur de l’information, Olivier Mazerolle, la première place qu’il mérite. Rappelez-vous, Pujadas était fier d’annoncer, de source sûre, le retrait progressif de la vie Politique de M. Alain Juppé. Des interviews, des reportages venaient confirmer cette information. Dans le même moment, Alain Juppé, sur le plateau de TF1 animé par PPDA, déclarait tout l’inverse et mettait un terme à des rumeurs insensées et non fondées. Pujadas, sûr de sa source, avait embarqué tout son monde dans l’aventure du scoop qui tue : Juppé se retire. L’ambition de vouloir battre l’audience du journal de TF1 a fini par lui jouer un mauvais tour et le scoop s’est retourné contre lui.

C’est le défaut de la formule du présentateur unique du journal télévisé. Le journaliste oublie son statut de journaliste, ne se rend plus sur le terrain, oublie les bases de son métier, vérifie de moins en moins ses sources et tout cela aboutit à la « starisation » du présentateur, qui se déconnecte d’une certaine réalité, et provoque ce genre de catastrophe. Un grand nombre d’exemples de cette sacralisation du présentateur unique a été relevé dans le passé, sans pour autant en retirer la leçon nécessaire, les plus marquants sont :

L’affaire Ranucci et le fameux « La France a peur » de Roger Gicquel au journal de 20 h de TF1, après l'exposé de l'affaire Patrick Henry. Deux affaires complexes, des condamnations à mort et un commentaire du journaliste vedette de l’époque qui incite les téléspectateurs, ayant entendu le message du prêtre médiatique, à exiger la peine de mort aux assassins d’enfants, avant même que les procès ne soient terminés et les culpabilités prouvées et annoncées.

La mort de Grace Kelly annoncé avec désinvolture par Bernard Langlois :

"La disparition d’une princesse sur le "royaume d’opérette sur un caillou cossu" ne va pas changer la marche du monde". La réaction fut vive, Pierre Desgraupes, directeur d’antenne 2, à l’époque (1982, autre époque, autres mœurs), l’a viré.

Il est très imprudent de confier à une seule personne la responsabilité de la présentation d’un journal télévisé, cela entraîne le risque que cette personne ne se prenne pour Dieu le père, oublie son devoir de réserve et commente à sa guise des événements avec peu de tact et d’objectivité. Par ailleurs, vous n’achetez pas un journal où chaque article recèle un chapeau d’introduction écrit par la même personne. Chaque journaliste sait comment présenter et écrire son article, sous le contrôle de son rédacteur en chef, sans avoir à passer par un second superviseur unique. D’autre part, aucun journaliste ne possède la science infuse pour être un expert en tout, il est plus crédible d’entendre un commentaire exécuté par un journaliste sportif sur le compte rendu d’une épreuve d'athlétisme que par le présentateur vedette. Avez vous déjà assisté aux comptes rendus de matches de football effectués par Claire Chazal ou PPDA, profitant d’un événement mondial sportif, se mettre en avant et tenter d’interviewer des sportifs dont il ne connaît que le nom et leur sport ?

Soyons sérieux ! Restez crédibles !
Mesdemoiselles,mesdames,messieurs les journalistes,bonsoir !

12/03/2008

Le réalisateur de documentaires

Le travail de réalisateur de documentaires, contrairement à celui de plateau, est un travail de réflexion, de plus longue haleine: on ne se préicipite pas, on ne réagit pas par réflexe, on cogite un peu plus. Mais ne me faîtes pas dire ce que je n'ai pas dire, un réalisateur de plateaux est loin d'être un imbécile, il réagit dans l'instant car le produit qu'il doit fournir l'exige. Sans compter, qu'il n'y a pas de barrière réelle entre chaque facette du métier de réalisateur, il n'y a que des décideurs frileux. Un réalisateur de plateaux peut aussi bien être un excellent réalisateur de documentaire qu'un réalisateur de fiction.

Mais revenons spécifiquement au travail de réalisateur de documentaires. Ce réalisateur a en tête un sujet qu'il souhaite traiter sous un certain aspect et va tenter de mettre tout en oeuvre pour y réussir. Il va d'abord s'informer sur le sujet, tenter de découvrir toutes les facettes de son sujet, prendre contact avec des spécialistes qui vont lui livrer des aspects qu'il ne soupçonnait pas à propos de ce sujet. Grace à ce premier travail de recherche de l'information, il va en recenser un certain nombre qu'il va tenter d'agencer dans un certain ordre, pour mettre en valeur la trame qu'il veut montrer et parfois démontrer. Il va faire cela d'abord sur le papier, laisser reposer le tout, réfléchir. Puis, quand il pense, par son travail préparatoire, avoir tous les éléments pour bien concrétiser son projet, il va mettre sur pied un plan de travail. Ce plan de travail sera dépendant des disponibilités des personnes qu'il souhaite interviewer dans un cadre précis ou pas, de la possibilité d'enregistrer des images déterminées à des époques précises, des moyens techniques, humains et financiers dont il dispose. Quand il aura bien défini son plan de travail et que toutes les actions, incluses dans ce plan, sont comprises dans le budget global de son projet, il va enfin tourner, avec une équipe technique réduite-un cadreur, un ingénieur du son, un assistant- plusieurs éléments: interviews, enregistrements de séquences différentes et variées entrant dans son sujet. Il procédera,en complément de son tournage, à des visionnages et achats de documents, photos, images, dessins, archives etc...

Quand le tournage est enfin terminé, tous les éléments audiovisuels réunis, le réalisateur, avec son monteur, va, contrairement au réalisateur de fiction, écrire le scénario de son documentaire. Même s'il avait, avant le tournage, une idée précise de son traitement, c'est au visionnage de tous les éléments audiovisuels obtenus qu'un bon réalisateur de documentaires va paufiner la structure de son récit, la construction de son documentaire, qu'il agrémentera de musiques, de bruitages et d'un commentaire complémentaire, et non redonbant, à l'image. Le dosage, l'équilibre de parties fortes avec des sections de réflexion donneront à ce documentaire, aux sons savamment mixés, son originalité, sa puissance, son attractivité. C'est ainsi que l'on reconnaît un bon réalisateur de documentaires.

 
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